Rencontrer et affirmer son vrai self, cet autre étrange qui est soi

Quand notre changement bouscule l’autre

La souffrance, cette vieille copine. Pas toujours facile de s’en séparer, ni d’accepter cet autre étrange qui est soi, son vrai self, qu’on tenait si bien à distance…


Un élargissement de soi commence souvent par des changements subtils ; on penserait que les autres ne les remarqueraient même pas, sauf de savoir à quel point chacun est sur ses gardes du moindre changement chez les autres. Et cela pour la raison que nous nous régulons instinctivement les uns par rapport aux autres. Nous nous ajustons de la façon la plus commode ou la moins incommode et gare si l’un s’avise de changer  !
Nous sommes des états émotionnels variables qui nous promenons dans la vie, pour beaucoup, à tendance anxieuse. La moindre modification peut déstabiliser les équilibres précaires. Si je suis plus bas que toi en certains traits et que ta confiance en toi s’en sert pour se stabiliser, tu vivras ma plus petite croissance comme une menace. Tu tenteras de me rendre à mon état antérieur avec un instinct sûr pour me blesser et me dissuader. Mais pour peu que ce trait s’affirme chez moi en dépit de tes efforts, c’est une opportunité pour toi de t’y adapter, voire même de t’y appuyer pour dépasser tes propres conflits et limitations intérieurs.

Rester attaché au “moi connu”, même lorsqu’il fait souffrir


Ces changements sont tout aussi déconcertants, voire inquiétants pour la personne en laquelle ils se produisent. Il y a l’appréhension de quitter le “moi connu” qui, s’il est dysfonctionnant, est souvent calculé à travers l’équation : “familier donc préférable”.
Cela vient en miroir de ce qui se produit dans l’attachement à un parent déficient. Mieux vaut celui-là que les abysses d’un monde où on en serait privé.

La thérapie, espace mystérieux de transformation


En thérapie, on apprend à rencontrer des parties de nous, jusque là… non pas inconnues, car elles ont toujours été là,  mais enfouies et ignorées. Ces rencontres ont lieu par la médiation de la praticienne, dont la fonction est l’ouverture au changement et à la nouveauté d’être. Ce qu’elle est au cabinet, la praticienne ne l’est peut-être pas forcément autant dans sa vie personnelle, d’ailleurs. Dans l’espace sécurisé du cabinet (réel ou virtuel), le cadre thérapeutique, sous tous ses aspects : théorique, pratique ainsi que la posture de la thérapeute, sont architecturés pour l’accueil inconditionnel et sans jugement des parties du moi de la personne qui consulte. Le danger de représailles, ou même d’étonnement face au changement y est écarté. Et c’est en cela que l’espace de la thérapie constitue réellement un espace où tout est moins serré. Il y a un goût d’éternité dans le temps et un goût d’infini dans le lieu.

Analysé et analyste sont sous le coup de règles différentes de celles qui président aux relations habituelles et expérimentent une forme relationnelle à la plasticité bien supérieure. Cet espace est un laboratoire d’où de nouveaux principes vont émerger, que la personne va pouvoir oser à l’extérieur. C’est un encouragement à tenir bon dans l’affirmation de ses parts émergentes, malgré la désapprobation que les autres peuvent manifester, et cela, qu’ils le fassent de la façon la plus franche ou à la manière la plus fine et indécelable. Peu à peu,  une habituation se fait pour autrui, mais également pour soi.

L’étrangeté de devenir soi

Ces facettes du moi qui semblent nouvelles préexistent à leur découverte. C’est ce que Winnicott appelait le « vrai self »— cette part authentique, longtemps enfouie sous les adaptations imposées par l’environnement. »Ce qui se faisait sentir auparavant de manière aveugle et sourde est à présent visible et sonore, ce qui donne à la personne un sentiment d’étrangeté. Elle se demande : “Celle qui a dévoilé ainsi ses sentiments, celui qui vient de dire non de cette voix affirmée, est-ce vraiment moi ?”  On s’en méfie et la confiance à leur accorder se conquiert peu à peu. Éprouver cette circonspection envers soi-même permet de tempérer notre critique des autres qui ne l’acceptent pas d’emblée. On réalise qu’il y a un apprivoisement à faire, y compris de nous à nous.
Etant donné qu’en thérapie, nous sommes soutenus avec patience dans cette acceptation, nous sommes inspirés à résister à certaines tentations régressives : nous servir de la réaction des autres comme preuve que notre affirmation est inconvenante, ou comme prétexte pour nous rejeter nous-mêmes dans le refuge étouffant mais familier de nos névroses.

Se connaître, s’aimer, s’accepter : la vie comme thérapeute


Si la thérapie est une voie de choix vers cette réalisation, elle n’est pas la seule, loin de là. La vie regorge de thérapeutes sous des formes humaines, animales, végétales, créatives, spirituelles, sous forme de mouvements et même d’objets. Les uns n’empêchent pas les autres. La thérapie est une amorce, une inspiration pour un déploiement tout au long de la vie vers le « vrai self » : cette part de nous la plus authentique, à découvrir et à habiter. »; un espace infini à créer et à co-créer.

Sylvie Arditi

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